Obludarium… tributarium
Faire appel au Pr. Oblud pour parler d’Obludarium était bien la moindre des choses. Alors n’y allons pas par quatre chemins, mon temps est compté. Ce n’est pas à vous autres professionnels de la profession qui fréquentez ce blog que je vais apprendre ce qu’est Obludarium, ce spectacle fait de petites pièces toutes plus délicieuses les unes que les autres et sorties de l’imagination débridée des frères Forman. Et là je vois déjà l’ensemble des professionnels bondir sur leur chaise fraîchement rempaillée par un ami tzigane et s’insurger devant l’adjectif “délicieuses” qui leur semblera déplacé, impropre et inacceptable pour parler d’Obludarium. Il est vrai que mon lectorat est en bonne partie fait de forains et de gens du voyage qui au cours de leurs longues et lentes tournées ont eu tout le loisir d’apprendre les dialectes les plus extrêmes, groupe linguistique auquel le tchèque appartient assurément. Ce qui vous fait réagir est bien sûr ma confrontation hardie entre le substantif oblud, ‘monstre’ en tchèque, et mon adjectif délicieux, bien peu adéquat pour qualifier la monstruosité et le monde des monstres (-arium). Peut-être avez-vous raison, mais ne s’en tamponne-t-on pas le coquillard après tout ? Et d’ailleurs trêve de balivernes.
Obludarium plus que le monde des monstres est peut-être davantage le monde de l’hommage… aux monstres, aux forains, aux monstres qui accompagnaient les forains et avec lesquels ils faisaient
leur pain. Obludarium puise en effet aux sources les plus traditionnelles du spectacle forain : femme à barbe, monsieur muscle en habit d’haltérophile à voix de soprano, simplets à têtes
hypertrophiées, bête-humaine, femme-poisson… Tout dans cette création n’est qu’hybridité, double et duplicité, et cela se retrouve jusque dans les sources. La mémoire du cirque forain n’est pas
la seule à habiter l’imaginaire des jumeaux Forman, il faut aussi compter avec celle des jouets mécaniques d’antan. Voyez ces automates, ces petites ballerines ou ces petits cavaliers, parfois
sous cloche, tourner sur eux-mêmes une fois le mécanisme remonté, et vous reconnaîtrez certaines des scènes du spectacle et peut-être vous reconnaîtrez-vous vous même sous cette grande cloche
qu’est le chapiteau comme un élément de ce spectacle, vous spectateur du bas du chapiteau observé par les spectateurs du balcon… Car le spectacle des frères Forman est servi dans un chapiteau
lui aussi difforme, presque plus haut que large, chatoyant à l’extérieur, feutré à l’intérieur. La scène est tantôt un manège ou un carrousel dans lequel évolue un cheval géant, tantôt le fût
d’une citerne, un aquarium, un abysse où nagent sirènes et poissons les plus merveilleux et… monstrueux. Obludarium, c’est donc le passé revisité avec admiration, simplicité, humour et génie…
sans oublier la sueur, car rien ne se fait tout seul dans cet univers, à commencer par la lumière, comme pourra en témoigner le public, sans parler de Petr et Matej, les derniers des plus
grands marionnettistes-forçats.
Pr. Oblud


