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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 16:23
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« J'ai un groupe céleste : Larry Taylor à la contrebasse, Patrick Warren aux claviers, Omar Torrez aux guitares, Vincent Henry aux bois et Casey Waits à la batterie », confie Tom Waits. (Michael O'Brien )

« J'ai un groupe céleste : Larry Taylor à la contrebasse, Patrick Warren aux claviers, Omar Torrez aux guitares, Vincent Henry aux bois et Casey Waits à la batterie », confie Tom Waits. (Michael O'Brien )

avant ses concerts à Paris, le chanteur américain s'est interviewé lui-même.

Mythe vivant du rock américain, Tom Waits n'aime guère répondre aux journalistes. L'exercice de l'interview lui semble étriqué, trop codé. Mais le chanteur aime se raconter. Alors il s'est interviewé lui-même, dans un dialogue fictif entre un Tom Waits qui pose les questions et un Tom Waits qui y répond. Quelques jours avant que sa tournée Glitter and Doom fasse une étape très attendue au Grand Rex, à Paris, les 24 et 25 juillet dernier...

Tom WAITS. Quel est le disque le plus curieux que vous possédiez ?

Tom WAITS. Dans les années 1970, un label de Los Angeles a sorti un album intitulé The Best of ­Marcel Marceau : quarante minutes de silence suivies par des applaudissements. Ça s'est bien vendu. J'aime le faire écouter quand on vient chez moi, mais je n'aime pas que les gens parlent quand je le leur fais écouter.

Quels artistes ont le plus influencé votre vie de créateur ?

Eh bien en voici quelques-uns, juste comme ils me viennent à l'instant : Kerouac, Dylan, Bukowski, Rod Serling, Don Van Vliet, ­Cantinflas, James Brown, Harry Belafonte, Ma Rainey, Big Mama Thornton, Howlin' Wolf, Leadbelly, Lord Buckley, Mabel Mercer, Lee Marvin, Thelonious Monk, John Ford, Fellini, Weegee, Mick Jagger, Keith Richards, Willie Dixon, John McCormick, Johnny Cash, Hank Williams, Frank Sinatra, Louis Armstrong, Robert Johnson, Hoagy Carmichael, Caruso.

Qu'est-ce qui vous semble difficile dans la vie ?

Principalement d'être assis entre réalité et imagination. Ma réalité a besoin de l'imagination comme une ampoule a besoin d'une douille. Mon imagination a besoin de la réalité comme l'aveugle a besoin de sa cane blanche. Les maths, c'est dur. Et lire une carte. Suivre des instructions. La menuiserie. L'électronique. La plomberie. Se souvenir correctement des choses. Les lignes droites. Le Placoplâtre. Trouver une épingle à nourrice. Commander au resto chinois. Les modes d'emploi de chaîne hi-fi en allemand.

Votre expérience musicale la plus excitante ?

À Time Square, il y a au moins trente ans. Il y avait dans le coin une salle de répétition divisée en minuscules espaces dans lesquels vous aviez juste la place d'ouvrir la porte. Il y avait là une épinette brûlures de cigarettes, touches manquantes, peinture écaillée et plus de pédales. Quand je fermais la porte, il y avait tellement de bruit venant des autres pièces que je ne pouvais pas travailler. Je m'arrêtais pour écouter cet excitant goulasch de musiques gammes de clari­nette, tango, opérette, quatuor à ­cordes faux, leçons de chant, ­quelqu'un qui hurlait Everything's Coming Up Roses, groupes garage, cours de piano… Le sol tremblait comme si dix radios étaient allumées ensemble dans la même pièce, comme une gare de triage musicale. Pour moi, un paradis.

Quels sons aimez-vous ?

Les évangélistes de coin de rue, les embouteillages à Manhattan, ma femme qui chante, des chevaux ou un train qui approchent, des enfants à la sortie de l'école, des corbeaux affamés, un orchestre qui s'accorde, les pianos de saloon dans les westerns, les montagnes russes, un projecteur qu'un coup de feu fait éclater, la glace qui craque, une rotative, le base-ball sur un transistor, les vieilles caisses enregistreuses, les danseurs de claquettes, les matchs de foot en Argentine, l'human beatbox, les cornes de brume, une cuisine de restaurant, les salles de rédaction des vieux films, le galop des éléphants, le bacon qui frit, les fanfares, les cours de clarinette, les phonographes Victrola, la cloche des combats de boxe, les ­disputes en chinois, les flippers, les orchestres d'enfants, le briquet ­Zippo, les limonaires, le steel pan basse, les tracteurs, le violon à ­cornet, la trompette bouchée, la scie musicale, le theremin, les pigeons, les mouettes, les chouettes, les colombes, le monde qui fait tout le temps de la musique.

Y a-t-il des questions dont vous n'avez pas la réponse ?

Quand on tire, la balle sait-elle à qui elle est destinée ? Y a-t-il un bouchon au fond de l'océan ? Que disent les jockeys aux chevaux ? Que ressent un journal quand on le transforme en papier mâché ? Qu'est-ce que ça fait d'être un arbre au bord de l'autoroute ? Si les violons sonnent parfois comme un siamois, cela a-t-il un rapport avec l'utilisation, jadis, de boyaux de chat pour les cordes ? Quand le monde va-t-il se cabrer et essayer de nous désarçonner ? Les humains pourront-ils se marier avec des robots ? Un diamant est-il seulement un morceau de charbon doué de patience ? Ella Fitzgerald pouvait-elle « vraiment » casser un verre à pied en chantant ?

Vous êtes en tournée, donc ?

J'ai un groupe céleste : Larry Taylor à la contrebasse, Patrick Warren aux claviers, Omar Torrez aux guitares, Vincent Henry aux bois et Casey Waits à la batterie et aux percussions. Ils jouent avec une précision de Formule 1 et sont de vrais magiciens. Je fais avec eux des chansons que je n'ai jamais osées en dehors du studio. Ils sont tous multi-instrumentistes et ils guinchent comme de vrais mecs.

Propos recueillis par Tom Waits, le 17/07/2008


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commentaires

SysTooL 25/08/2008 21:49

Ah tiens, il cite Captain Beefheart dans ses influences...Marrant, le coup de la CANE (sic) blanche ;-)SysTooL

pour croiser la caravane
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