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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 10:55
Eugène Chadbourne est un compositeur, improvisateur, guitariste et joueur de banjo américain. Chadbourne a commence par jouer de la guitare dans un groupe de rock ‘n roll mais s'est rapidement lassé des formes conventionnelles. Certains débuts de chansons peuvent vous paraître familiers, mais même si vous avez déjà entendu Eugène les jouer, elles auront totalement changé cette fois. Au coeur de son travail d'improvisation se trouve la compréhension de la musique, l'instrument, l'espace et tout ce qui créé l'instant. Ce qui guide Eugène, c'est son amour sans bornes de la musique Country.

LE CAS ETRANGE DU DOCTEUR CHADBOURNE

Par Arnaud le Gouefflec




J'ai eu la chance de rencontrer et de jouer avec Eugene Chadbourne lors du Festival Invisible 1, en 2006,  Eugene jouait sur une grande guitare électrique rectangulaire, un peu comme celle de Bo Diddley, qu’il avait achetée 250 dollars. Il jouait épouvantablement faux : lorsque ça devenait trop criard, il donnait un tour dans les mécaniques et retombait très approximativement sur ses pattes, mais plus les répétitions avançaient, plus il se désaccordait, jusqu’à la cacophonie. Et de temps à autre, il donnait de grands coups de clef dans le mauvais sens.
On a invité Eugene Chadbourne à venir jouer à Brest en 2006. A l'affiche, il y avait aussi Les Primitifs du futur. Le leader des Primitifs, Dominique Cravic, donnait comme consigne à ses musiciens de s'accorder en 442 Hertz. Le la est à 440 hertz, je crois, mais pour tomber pile au diapason du Vibraphone que l’Ecole de musique nous avait prêté pour eux, il jugeait utile de fignoler à deux hertz près. Eugene Chadbourne, lui, s'arrêtait à la fin d'un morceau, chancelant, et demandait: "on était en Mi ou en Fa?".

Sur la pochette d’un des disques qu’il a fait avec Jimmy, on voit les deux gaillards derrière des barreaux, à la fenêtre d’un bistrot. Le titre résume : Locked in a dutch coffee shop, c’est-à-dire Prisonniers dans un Coffee Shop hollandais. Qui les y a enfermés ? Et pourquoi ? Et que vont-ils être contraints de faire en attendant qu’on vienne les libérer ? Tout cela reste assez mystérieux.
Le duo qu’ils forment depuis des années s’appelle The Jack and Jim Show. Ils sont tour à tour Jack et Jim, se repassant leurs petits noms au gré de leur fantaisie : « Who is Jim today ? » . Ils ont sorti un bon paquet de disques, sur lesquels ils reprennent Zappa, Hendrix, Captain Beefheart et tout un tas d’autres trucs, en passant et repassant le tout à la moisonneuse batteuse. Jimmy a une voix de bluesman : c’est une légende du rock’n’roll. Il incarne un pan d’histoire à lui seul. Pour Eugene, c’est autre chose. C’est le guitariste le plus ramifié du monde connu.
Il y a d’abord sa carrière, qui est un tissu effroyablement complexe de collaborations, une fourmilière de plus de 200 albums. Il y a le Jack and Jim Show, il y a Schockabilly, il y a les albums avec John Zorn, avec le groupe Zu, avec Noël Akchoté, avec Hank Bennink, Paul Lowens, de la country sous acides, de l’impro pure et dure, des chansons dérangées, un immense répertoire de reprises détournées, un peu d’esprit klezmer, un peu de dadaïsme, pas mal de punk, du banjo à l’ancienne, de l’indus préhistorique, des protest-songs et un sens de la dérision en politique, du collage et du bricolage, et tout le pataquès sorti sur ses propres labels, Parachute et House of Chadula. Il y a aussi sa manière de jouer : ses doigts dérapent sur toute la longueur du manche de sa guitare ou de son banjo, et l’on se retrouve profondément emmêlé à la musique, dans des arpèges pétaradants joués à la vitesse du son, redécouvrant avec stupeur que la guitare est bien un instrument à cordes, de ces cordes qui font les filets de pêche quand on les tresse ensemble.
Lorsque les doigts d’Eugene Chadbourne partent sur le manche, c’est du bobsleigh. Eugene, c’est une toupie qui se met à prendre de la vitesse et, déçue par les limites physiques de l’univers, explose en feu d’artifice pour crépiter plus loin et plus fort.
Moins il s’accorde, plus il joue juste.
Les reprises d’Eugene sont légion : comme le coucou, il pond ses œufs dans le nid des autres. Il violente Sun Ra, Pink Floyd, Gerschwin, Creedence Clearwater revival, Zappa, lui-même et va jusqu’à reprendre Nazi punks fuck off des Dead Kennedys au banjo, en déclarant au début du morceau : « from the irish band, the dead kennedys ». Sur l’album The Zu side of Eugene Chadbourne, il maltraite en compagnie du groupe italien Zu toutes sortes de classiques, à tel point qu’on n’y retrouve plus trace de l’original, si ce n’est dans le titre : in a gadda da Chadbourne, O Chadbourne mio, Chadbourne in the sky with diamonds, Everybody needs a Chadbourne (to love) … Eugene se trimbale toujours un gros livre hirsute, sorte de vieux grimoire de feuilles superposées, collées, scotchées les unes aux autres dans un savant désordre : c’est son livre de chants, où il stocke la mémoire de ses reprises. Ca finit par former des strates géologiques. On y trouve entre autres des vieux trucs de bluegrass, dont il est très friand, des machins des Appalaches, des banjories, des vieux blues antédiluviens. Eugene a publié un disque qui s’appelle The Doc Chad banjo book, pour la pochette duquel il a détourné la couverture d’une vieille méthode de Banjo, rajoutant "Doc Chad" au gros marqueur noir au-dessus du titre "Banjo Book". Il a poussé le bouchon jusqu’à reprendre Bach, sur un disque paru chez Volatile records, German country and western. Il raconte dans les notes de pochette qu’à force d’attendre pendant les tournées, il s’est mis à gratouiller sur son banjo pour retrouver les mélodies des fugues de Bach, et qu’il a fini par tout reconstituer. Au final, c'est un disque méditatif, et Bach y sonne comme un derviche tourneur. Ca le dépoussière un bon coup.
Eugene est un punk: il fait tout lui-même car il aime la liberté. D'abord journaliste, il a fui la guerre du Vietnam pour le Canada, avant de revenir quand le gouvernement a amnistié les objecteurs de conscience. Maintenant, il vit en Caroline du Nord, il part fréquemment de chez lui pour donner des concerts et collaborer un peu partout dans le monde, le plus souvent dans des festivals de jazz et de musique improvisée, et il sort des disques, beaucoup de disques. Il les trimbale dans une valise, et il peut en étaler sur toute une table comme un brocanteur surréaliste. Depuis qu'il a découvert le graveur de CD, il grave le plus souvent lui-même ses propres albums et les envoie à ceux qui les lui commandent dans des pochettes qu'il fabrique lui-même, avec une paire de ciseaux, du carton, des timbres, des photos découpées, des collages, et des marqueurs. Même quand ses disques existent en boîtier cristal, il en vend des exemplaires bricolés main parce qu'il aime la liberté, le collage, l'accident, il aime se perdre et abhorre la perfection, qui est un appauvrissement.

www.eugenechadbourne.com

Les disques d'Eugene
http://terribabuleska.free.fr/images/THE%20ALMOST%20COMPLETE%20EUGENE%20CHADDBOURNE%20V2.jpg









source : merci à Pierre Bastien


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commentaires

Arnaud Le Gouefflec 23/10/2008 11:03

Merci pour le docteur! Je vous signale mon nouveau blog:http://www.chadbourneries.blogspot.com/Ou j'ai l'intention de recenser et de commenter l'oeuvre complète d'Eugene Chadbourne - entreprise pharaonique entre toutes...Bien à vousArnaud Le Gouëfflec

le blogoscope 30/10/2008 13:40


merci pour linfo !
je Vais y  jetter un oeil cur'yeux
C'est Pierre Bastien qui nous a parlé à Calais de Mister Chadbourne...
vous pouvez tendre un pavillon sur  www.myspace.com/monofocus
Jérôme


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