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27 décembre 2007 4 27 /12 /décembre /2007 17:49


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Pendant de nombreuses années, les Montréalais ont eu le plaisir d'assister à la scène familière du Grand Antonio tirant un autobus dans une rue encombrée du centre-ville, au moyen d'une simple chaîne, un bout de la chaîne accroché à l'autobus et l'autre, passé sur son épaule. Mais qui était donc cet étrange homme fort, que l'on reconnaissait facilement à sa grande taille, à ses cheveux longs et à sa barbe?

Né en Yougoslavie de parents sibériens immigrés, il s'appelait en réalité Anton Barichievich. Il s'est établi au Canada en 1945 et a fait le tour du monde en participant à des épreuves de force. Pendant une courte période, il a connu la célébrité internationale grâce à ses rôles dans les films La guerre du feu (Quest for Fire) et L'abominable homme des neiges (The Abominable Snowman). Pesant 225 kg et mesurant 1,93 m, en 1952, le Grand Antonio a tiré un train de 433 tonnes sur une distance de 19,8 m, sur une voie ferrée de Montréal. Il a aussi établi un record en 1960 en tirant quatre autobus urbains remplis de gens. Il a failli devenir champion nord-américain de lutte poids lourd en 1971, mais le combat pour le championnat, tenu à Calgary, s'est terminé en émeute générale.

Gigantesque et hirsute, il était virtuellement impossible pour cet ancien lutteur de passer inaperçu.  Personnage connu de tous les Montréalais, toutes générations confondues, il a  réalisé d'étonnants tours de force, portant jusqu'à six hommes sur ses épaules et retenant deux jeeps de chaque main. On connaît l'homme fort, la quasi bête de cirque, mais qui était donc réellement ce personnage de folklore surnommé Le Grand Antonio et quel souvenir garde-t-on aujourd'hui, en 2003, de cet homme au gabarit colossal qui a marqué l'imaginaire québécois?

Depuis longtemps, le Québec est une pépinière d'hommes forts. Actuellement, Hugo Girard est reconnu comme l'homme le plus fort du monde, mais avant lui il y a eu le légendaire Louis Cyr et les frères Baillargeon. 

Dans les années 1960 et 1970, ce personnage de folklore stupéfia l'Amérique. Doté d'une force herculéenne, il a lutté partout au Canada et aux États-Unis, allant même jusqu'à affronter des ours dans l'arène. Aux États-Unis, il a fait équipe avec Pampero Forpo, un hurluberlu qui criait comme un dément dans l'arène, formant un duo de géants barbus, poilus et grimaçants.

Toutefois, l'homme était peu acrobatique et ses talents de lutteur se limitaient à projeter ses adversaires hors de l'arène, ce que j'ai d'ailleurs pu constater en 1971 à l'aréna de Brossard, alors qu'il affrontait deux jambons. Le promoteur montréalais Eddy Quinn ne lui offrant pas les combats et la visibilité qu'il désirait, le Grand Antonio décida de se promouvoir lui-même, malheureusement sans grand succès. Néanmoins, il fut extrêmement populaire au Japon, où il a croisé le fer avec deux grands champions nippons, soit le Grand Rikidozan et Antonio Inoki, qui a disputé un combat ultramédiatisé au légendaire Mohamed Ali. Le Grand Antonio fut également une tête d'affiche dans le Québec d'alors, car il a réalisé de nombreux tours de force, tirant même des autobus avec ses cheveux. Je me souviens l'avoir vu, à l'émission Réal Giguère Illimité, affronter cinq hommes costauds au souc à la corde, laquelle était attachée à ses cheveux, dont il se servait pour frapper une balle de golf!

Un jour, Édouard Carpentier, célèbre lutteur d'origine polonaise et acrobate accompli, refusa de rencontrer le colosse, prétextant que celui-ci ne se lavait pas et dégageait des odeurs nauséabondes. Sa malpropreté lui a d'ailleurs valu d'être la tête de turc de quelques émissions humoristiques ne volant pas toujours très haut.

Il lui est arrivé maintes fois d'attendre à un arrêt d'autobus et de demander au conducteur la permission de tirer le véhicule, rempli de passagers, souvent fort étonnés. Au cours des dernières années, on pouvait l'apercevoir dans le métro de Montréal, surtout à la station Berri, où il vendait des photos autographiées et des cartes postales illustrant ses exploits. Autrefois adulé, il était devenu une sorte de vagabond dont les journaux ne parlaient plus, et même sur Internet, les références à cet être hors du commun s'avéraient pratiquement inexistantes. 

Ce que peu de gens savent, c'est qu'il chantait également l'opéra. Il s'agissait là d'un trésor bien gardé dans ce coffre fort!  Il est surprenant qu'aucun documentaire n'ait été réalisé sur cet homme des plus colorés, de qui on dit qu'il n'a jamais payé lorsqu'il fréquentait des établissements commerciaux. Avec ses cinq cents livres, on peut imaginer combien de bières cet ogre pouvait engouffrer lorsqu'il décidait d'aller faire un tour à la taverne!
Grand Antonio est décédé d'un arrêt cardiaque en septembre 2003. Assez fort pour soulever six camions d'une tonne chacun, le Grand Antonio affirmait qu'il était « l'homme le plus fort du monde ». Il était assurément l'un des plus exceptionnels.
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